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Fès : l'âme du Maroc et le berceau du zellige

Publié le 7 juin 2026

Fès : l'âme du Maroc et le berceau du zellige

Bien avant que Casablanca ne s'élève au bord de l'Atlantique, bien avant que Marrakech n'accueille ses premières caravanes, il y avait Fès. La plus ancienne des quatre villes impériales du Maroc demeure depuis plus de douze siècles le cœur spirituel et intellectuel du pays. Pour comprendre le zellige, cette mosaïque taillée à la main qui définit l'artisanat marocain, il faut d'abord comprendre la ville qui l'a porté à sa perfection.

Une ville fondée deux fois

Fès naît en 789, lorsque Idris Ier établit un campement sur la rive orientale de la rivière qui porte encore le nom de la ville. Deux décennies plus tard, vers 809, son fils Idris II fonde une seconde ville sur la rive opposée et en fait sa capitale. Pendant des générations, les deux rives grandissent côte à côte, chacune avec ses murailles et ses portes, jusqu'à ce que les Almoravides les réunissent au onzième siècle en une seule grande cité islamique.

Cette double origine façonne encore Fès aujourd'hui. En parcourant la médina de Fès el-Bali, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO et l'une des plus vastes zones urbaines sans voitures au monde, on passe d'un univers à l'autre, reliés par des milliers de ruelles étroites.

La plus ancienne université du monde

En 859, une femme nommée Fatima al-Fihri, fille d'un riche marchand venu s'installer à Fès depuis Kairouan, utilise son héritage pour fonder une mosquée et un complexe d'enseignement appelé al-Qarawiyyin. Ce qui commence comme une madrasa devient un centre du savoir que l'UNESCO et le Guinness World Records reconnaissent comme la plus ancienne université en activité continue au monde.

Pendant plus de mille ans, les savants viennent à Fès étudier le Coran, le droit, la grammaire, la médecine, l'astronomie et les mathématiques. Le cartographe al-Idrisi, dont les cartes guidèrent les navigateurs européens, y étudia. Une ville bâtie sur le savoir avait besoin d'une beauté à sa mesure, et c'est là qu'intervinrent les artisans.

L'âge d'or des Mérinides

Fès atteint son apogée aux treizième et quatorzième siècles sous la dynastie mérinide. Les Mérinides font de nouveau de Fès leur capitale au milieu du treizième siècle et lancent une vague de constructions sans égale dans l'histoire marocaine. Ils fondent un quartier entièrement nouveau, Fès el-Jdid, avec un palais royal et des jardins, et emplissent la ville de madrasas dont les murs deviennent des toiles pour les arts décoratifs.

C'est dans ces madrasas mérinides, la Bou Inania, l'Al-Attarine, que le zellige passe de simples carreaux monochromes à la géométrie multicolore et éblouissante que le monde associe aujourd'hui au Maroc. Étoiles, polygones et bandes entrelacées montent le long des murs en motifs d'une précision mathématique extraordinaire.

Un artisanat vivant

Ce qui rend Fès remarquable, c'est que la ville n'est pas un musée. Les quartiers artisanaux vibrent encore des mêmes métiers qu'il y a sept cents ans. Dans le quartier d'Aïn Nokbi, en bordure de la ville, les fours cuisent toujours la terre cuite tirée de l'argile locale, et les maîtres taillent encore les carreaux à la main. L'argile de Fès, prisée pour sa composition particulière, reste la référence, au point que le « Zellige de Fès » est aujourd'hui une appellation protégée, comme celle d'un grand vin.

Lorsque vous commandez un panneau de zellige personnalisé à Fès, vous n'achetez pas un souvenir. Vous emportez chez vous un fragment d'une ville qui façonne la beauté à la main depuis le neuvième siècle.

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